• La Gnose

    Plérome de Valentin selon Matter

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    Dans la Gnose il existe plusieurs courants, plusieurs écoles, gravitant autour d'un tronc commun centré sur Valentin et ses successeurs.

     

     

     Les sources

    Sur le gnosticisme, nous avons deux sources principales d'information.

    D'une part, les notices consacrées aux différentes sectes ou écoles par les auteurs catholiques des catalogues d'hérésies, par les hérésiologues, depuis Irénée et Hippolyte jusqu'à Épiphane et Théodoret.

    D'autre part, les débris de la littérature gnostique. D'abord, quelques ouvrages entiers ou presque intacts : la Lettre Flora. Puis, des fragments assez nombreux, conservés des écrivains ecclésiastiques, hérésiologues ou autres : fragments de lettres et de traités.

     

    Textes Coptes

    Enfin, plus près de nous, en 1945, une bibliothèque gnostique (gnosticisme séthien)  fut découverte à Nag Hammadi (nota 1) , en Haute-Égypte, 53 textes coptes écrits sur papyrus, daté du IVe siècle, ont été mis au jour.

    Les originaux auraient été écrits en grec aux IIe et IIIe siècles. Ils nous sont connus par les Pères de l’Église qui les ont cités, car ils ont combattus férocement cette doctrine (Irénée de Lyon dès 180 ap. J.-C).

    Les Gnostiques modernes ont mis beaucoup d’espoir dans les textes Esséniens, issus des manuscrits de la Mer Morte. Mais, il n’y a pas trace de gnosticisme dans les manuscrits de ces copistes, de ces bibliothécaires, seulement des textes de l’Ancien Testament. Les gnostiques n'ont retenu que leur mode de vie ascétique. Tous ceux qui s’en réclament font donc des faux témoignages.

     

    Les Maitres de la doctrine

    Cette doctrine, apparue au IIe siècle, s’est implantée chez les intellectuels de l’Empire romain en Asie mineure, à Rome et en Égypte. Ce serait un syncrétisme d’éléments de provenance grecque platonicienne (nota 2), juive (kabbale), babylonienne, égyptienne, syriaque, iranienne, et peut-être d’autres encore.

    Les précurseurs ont été Simon le Magicien, Ménandre, Cérinthe, et d'autres. Ce sont ceux que l’on appelle les gnostiques de la légende. Il y a une grande diversité des systèmes gnostiques, les gnostiques se sont pillés les uns les autres, ce qui, au fil du temps, a eu tendance à les rapprocher.

    D'abord les grands maîtres, à peu près contemporains l'un de l’autre et très différents, Basilide (nota 3) (ébionites d’Alexandrie au début du IIe siècle), Valentin (nota 3)  (né en Égypte enseigna à Rome entre 135 et 160), Marcion (nota 5) (né à Sinope en Turquie vers 85, mort vers 160), et leurs premiers disciples, qui apportent eux aussi des idées neuves; un peu plus tard, les Adeptes de la Mère : puis les gnostiques romains, comme Ptolémée (nota 6) (Lettre à Flora, Rome au IIe siècle).

    Depuis cette époque, le gnosticisme a survécut à travers de nombreux courants de pensée comme le manichéisme, le mandéisme, ou encore la kabbale, et aujourd’hui encore, cette doctrine est très présente dans les courants dit « initiatiques », notamment Rose-Croix et néo-templiers, et, certains courants maçonniques…

     

    La doctrine ancienne

    Après l’Ascension du Christ, après les annonces d’un monde nouveau, l’impatience se fait sentir, alors certains intellectuels comblent à leur manière le vide métaphysique :

     « Le monde, cependant, s’obstinait à durer. Il fallait la dose inépuisable de patience, d’abnégation, de douceur, qui faisait le fond de tout chrétien pour ne pas désespérer en voyant le tardif accomplissement des prophéties de Jésus. Les années s’écoulaient, et la grande auréole boréale au centre de laquelle on croyait que le Fils de l’homme ferait sa réapparition ne commençait pas à poindre dans les nues. On se fatiguait à chercher la cause de ce temps d’arrêt.

    …/… Le christianisme ne venait satisfaire aucune vaine curiosité ; il venait consoler ceux qui souffrent, toucher les fibres du sens moral, mettre l’homme pieux en rapport, non avec un éon ou un logos abstrait, mais avec un Père céleste, plein d’indulgence, auteur de toutes les harmonies et de toutes les joies de l’univers. Le christianisme primitif n’eut, de la sorte, ni science, ni philosophie. Saint Paul, surtout vers la fin de sa vie, sent déjà le besoin d’une théologie spéculative.

    …/… Tout en repoussant les chimères des gnostiques et en les anathématisant, l’orthodoxie reçut d’eux une foule "d’heureuses idées de dévotion populaire" (!)

    Du théurgique l’Église fit le sacramentel. Ses fêtes, ses sacrements, son art, vinrent pour une grande partie des sectes qu’elle condamnait. Le christianisme pur n’a laissé aucun objet matériel ; la première archéologie chrétienne est gnostique. La vie, dans ces petites sectes libres et inventives, se montrait désordonnée mais puissante. Leur métaphysique elle-même s’imposa dans une large mesure ; la foi fut obligée de se faire raisonneuse. À côté de l’église, il y eut désormais l’école ; à côté de l’Ancien, il y eut le Docteur. » (Renan, Église chrétienne, 1879)

    « La gnose est une forme de pensée qui s’enchevêtre au christianisme, sans être forcément d’origine chrétienne …./… Les gnostiques étaient des penseurs d’une grande culture, et de fins exégètes de la Bible » (Madeleine Scopello)

    La « connaissance » (Gnose de « gnôsis » en grec), fonde le salut de l’homme sur une connaissance des choses divines supérieure à toutes les autres doctrines. La transmission de cette « révélation » est réservée uniquement aux initiés. Elle se base sur un rejet de la matière, soumise aux forces du mal.

    Pour la Gnose, il existe un Dieu parfait, Créateur des Esprits, mais absolument étranger au Monde physique. Elle envisage la Création, le Monde Matériel, comme quelque chose de mauvais, créé par un démiurge mauvais. Ce serait pour l’âme une prison de chair créée par ce démiurge méchant, et, il faudrait s’en libérer pour retrouver nos origines divines éthérées.

    Pour les gnostiques, Jésus serait un être totalement divin, son incarnation ne serait qu'une illusion. La nature humaine du Christ n’est qu’une apparence, Jésus n’a pas racheté l’humanité par sa Passion et sa mort sur la Croix. Il n’est pas ressuscité, mais il a transmis des enseignements secrets pour que l’Homme puisse réintégrer sa dimension divine éthérée.

    « L’esprit gnostique se caractérise par une tendance à la « démondanisation » comme modalité d’être de l’homme dans sa totalité (aspect ontologique) et comme optique du salut (aspect sotériologique)… » (Hans Jonas)

     

    Résumé des croyances gnostiques selon l'école de Valentin

    Pour un gnostique Dieu est un être parfait, un abîme insondable, nommé Bythos (Profondeur), aucun ne saurait l’atteindre ni le comprendre, il a toujours été, et sera toujours : concept proche de l’Ensoph (sans limite, sans fin, kabbale).

    Le déploiement de ses Perfections a révélé les mondes intellectuels : non créés car ils étaient déjà présents tel quel en lui. Il a révélé ce qui était caché, ce qui était présent dans le Plérôme (l'Insondable plénitude). Ces Puissances, ces Déploiements, sont des parties de l’Être suprême.

    Bythos ayant la volonté de se manifester se servit de sa Pensée Sige (le Silence) source de toute manifestation, la Mère de ses créations porte aussi les titres de Grâce, Joie, parfait bonheur. La première chose que produit la Pensée fut l’Intelligence (compréhension intellectuelle).

    L’intelligence, Ennoia, fécondée par Bythos donna Noùs, le fils unique, le premier Éon, commencement de toute chose, avec le Monogénès naquit sa compagne Aletheia, qui forme la première tétrade racine de toute chose : Bythos et Ennoia, Noùs et Aletheia, conforme à la pensée pythagoricienne (Tétrade grec : Logos et Zoé, Anthropos et Ekklesia). L’Anthropos des gnostiques est plus proche d’un concept kabbalistique (Adam Kadmon) que de Jésus Christ (le Verbe de Dieu).

    Les Éons suivants, déploiement de Dieu, sont également des syzygies, des antithèses homogènes, les uns masculins (principe actif fécondant), les autres féminins (principe passif propageant), leurs noms s’expliquent par l’araméen ou l’hébreu. De leur union naissent d’autres Éons à leurs images. Ce Déploiement est aussi très proche de la conception Égyptienne, Grec et Perse, on pourrait même parler de survivance des anciens cultes.

    Leur réunion forme le Plérôme de Bythos, la plénitude de ses attributs.

    Au début du 1er millénaire, les croyances généralement admises dans les religions en cours, étaient qu’au fur et à mesure de la génération des dieux et déesses (les Éons), et s'étant éloignés de la Source, ils perdirent peu à peu en perfection, en qualité divine, d’où la chute Ahriman, Typhon, ou Satan des religions anciennes.

    Le parti pris des gnostiques  fut de magnifier le « pur désir » de connaitre. Comme dans la Genèse ceci provoqua la chute des Éons du Plérôme, et,  toute la Chute originelle se concentra sur l’Éon Sophia. Autrement dit, plus les Éons s’éloignaient de la Source Bythos, plus ils s'animaient du désir de voir, de contempler. Tout se concentra sur cette première Sophia.

    Dédaignant Thélos, son compagnon, elle voulu s’unir avec Bythos, dont elle s'était trop éloignée, elle faillit être anéantie. Bythos  envoya un Éon à son secours ce fut Horus, qui par le son mystérieux de IAO, qui, avec le secours de Christos et de Pneuma (Saint-Esprit), fit rentrer Sophia dans les limites de son être "Éonnique", elle réintégra le Plérôme qui retrouva alors son équilibre.

    Cependant, pendant les ardeurs de sa passion, Sophia avait produit un Éon femme (la seconde Sophia), né du désir de sa mère, mais sans s’unir à Bythos. Naissance aussi étrange que celles de Minerve ou de Vénus. La seconde Sophia Prounikos est donc fille de la Tétrade primordiale incluant Noùs ! Elle correspond très bien à Acchamoth (Sophia réductrice) de la kabbale, la créature imparfaite, ce sont ses passions qui la dominent.

    La seconde Sophia Prounikos, ne pouvant s’élever avec sa mère dans le Plérôme, se précipita dans le Chaos et se fondit avec lui. Dans sa chute, de ses égarements, de ses joies, de ses tristesses, de ses rires, de ses larmes, elle donna naissance à plusieurs êtres : l’Âme du Monde, celle du Créateur, et d’autres. Sa puissance tira du Chaos des objets matériels, ses larmes les Eaux, son sourire la Lumière, sa tristesse la Matière Dense.

    Sophia-Prounikos-Acchamoth plane entre le Plérôme parfait et les mondes inférieurs imparfaits, elle emploie un agent encore moins parfait qu’elle : le Démiurge (nota 7).

    Le Démiurge, reçoit ses idées de Sophia-Prounikos-Achamoth, qui elle-même serait guidée par l’Éon Jésus le Sauveur, et ainsi le monde inférieur réfléchit imparfaitement l’image inversée du monde supérieur.

    Le Démiurge créa l’Homme (Nota 8) à son image, mais la Sophia (Nota 8) à son insu lui donna son germe de lumière. Le Démiurge en fut jaloux, voilà pourquoi la vie humaine est si difficile…

    Les gnostiques ayant beaucoup d’imagination, puisant dans les mythologies anciennes, leurs spéculations s'entrecroisent, cependant la trame demeure équivalente (Nota 10), et les liens avec les religions, et les philosophies antiques, ainsi que les détournements et inversement de valeurs sont nombreux.

    L'apparence des Éons rappelle les polymorphes égyptiens, les dieux humanoïdes à tête animale, comment s’en étonner ?

     

    Rites et rituels

    Ces sectes gnostiques présentent bien des traits communs. D'abord, on ne sait rien sur leurs origines : on constate seulement que plusieurs apparaissent vers la fin du 2ème siècle, la plupart au 3ème siècle. Puis, ces sectes ont des doctrines très compliquées, pleines d'inventions bizarres, avec des emprunts réciproques et une tendance marquée au syncrétisme. Elles ont le goût des révélations et du mystère. Elles se préoccupent surtout de la rédemption et du salut. Enfin, elles attribuent une importance capitale aux rites, aux formules et aux emblèmes magiques.

    Assurément, la plupart des objets et symboles gnostiques sont des amulettes, des talismans, des tablettes magiques, qui révèlent des pratiques issues des superstitions populaires et des sciences occultes, de l'astrologie, de la sorcellerie, des malédictions, des incantations, telles les plaquettes de bronze, couvertes de caractères hermétiques, exhumées par centaines dans les tombeaux de Carthage et d'Hadrumète.

    Ces objets magiques qui encombrent nos musées sont les témoins de l'ingérence des dieux polymorphes  tels l'Abraxas, Iao, Sabaoth, ou Soter, si chers aux hérétiques. 



    Les Pétroglyphes Gnostiques
     
     

    • IAO souvent associé à Jéhovah et/ou Anubis, à l'Abraxas ;
    • Abraxas associé au lion et à un homme ;
    • Anubis et un oiseau symbole de l'âme du défunt ;
    • la Persée, qui surmonte la tête du personnage  allégorique, attribut ordinaire d 'Isis, est le signe sacré de la science et de la sagesse des mystères ;
    • Le Serpent est l'emblème de la vie divine qu'Ophis-Christos a communiqué aux pneumatiques ;
    • L'épervier, le lion et le scarabée sont lié à la félicité du défunt ;
    • Pierre sculptée représentant la pesée de l’âme Anubis, Horus, anneau Ophis.

     

    Amulette gnostique   Amulette gnostique   Amulette gnostique

     

    Amulettes gnostiques   Amulettes gnostiques   Amulettes gnostiques

     

    Amulettes gnostiques    Steles gnostiques

     

    Aspirations et de tendances

    En premier lieu, orgueilleuse aspiration vers une science supérieure :

    • une gnose ignorée du reste des hommes, dont l'objet est le monde invisible, la hiérarchie des entités divines, les révolutions du domaine transcendant et ascensionnel ;

    • le besoin de rédemption, de retour à Dieu ; une rédemption non seulement individuelle, mais universelle et cosmique, garantie par une doctrine du salut et par des mystères ou des formules rituelles, théurgiques, magiques ;

    • un ascétisme radical, qui, pour obtenir l'union avec Dieu, s'efforce d'affranchir l'âme en reniant la chair.

    Telles sont, pour l'essentiel, les aspirations communes à tous les gnostiques.

     

    La Gnose aujourd'hui

    La Gnose est la continuation de la politique de domination des corps et des âmes par les faux dieux de l'ancien monde.

    Elle dévie, avilit, rabaisse, dilue dans un fatras inepte, le message de la Bonne Nouvelle annoncé par les Évangiles.

    Et sa doctrine déviante sert de caution intellectuelle  à l'occultisme, qui s'exerce jusqu'au cœur des religions temporelles, et bien au-delà !

     

    Massalis

     

    D’après notamment :
    ♦ Histoire critique du Gnosticisme, tome I et II, par M. Jacques Matter - 1828
    ♦ Gnostique et Gnosticisme, critique des documents du Gnosticisme chrétien aux IIème et IIIème siècles par E de Faye - 1913, commenté par Paul Monceaux.

     

     


     

     

    Les notas, excepté le 1, sont extraits du livre d'Ernest Renan : Église Chrétienne (1907)

     

    Nota 1 - Nag Hamadidi

    Ces ouvrages conservés en copte paraissent être, en réalité, des ouvrages grecs, composés en Égypte au IVème siècle, puis traduits en copte. Tous émanent probablement du même groupe gnostique, et présentent les plus frappantes analogies. Partout, même objet : les révélations suprêmes aux initiés.

    Même cadre, même mise en scène : ce sont toujours des entretiens de Jésus avec les apôtres et les saintes femmes, après la résurrection. Même conception du monde, du Christ, de la rédemption ; même système d'exégèse. On est tenté d'ajouter : même médiocrité, même fatras qui distille l'ennui.

    Malgré cette évidente parenté, les écrits des papyrus coptes diffèrent un peu par le thème et par le détail. Dans la compilation de la Pistis Sophia, M. de Faye reconnaît trois ouvrages indépendants l'un de l'autre :
      1° un roman métaphysique, entrecoupé d'hymnes, l'histoire de la chute et du relèvement de Pistis Sophia, la Sophia de Valentin ;
      2° un dialogue sur le sort des âmes après la mort, dialogue qu'on doit sans doute identifier avec les « Petites interrogations de Marie » ;
      3° un autre dialogue, qui remplit le quatrième livre de la Pistis Sophia, sur l'initiation aux mystères.

    Quant à la compilation du « Papyrus de Bruce », elle comprend deux ouvrages distincts, en trois livres :
      1° les deux Livres de Jeu, description du monde invisible et des moyens d'y parvenir, mystères, rites et formules magiques ;
       2° un recueil de révélations, d'ailleurs parfaitement obscures et incohérentes, sur le monde suprasensible.
    (Paul Monceaux)

     

     Nota 2 - Platon

    Pour Platon, le corps physique de l'Homme  est un état d'être passager. C'est une prison pour l'élément divin qu'est l'âme, c'est un l'élément limitatif, impur. Le Timée (90a) énonce très clairement cette manière de penser, qui situe le corps dans la dynamique de la Chute, et qui, de fait, motive le mouvement ascendant de la purification, les ascensions en Xème densité, etc. :

    « Au sujet de l'espèce d'âme qui est la principale en nous, il convient d'observer que c'est Dieu qui la donne à chacun comme un «daimôn» (NDT : phénomène de possession des corps par une entité seconde = Starseeds) ... Or, en vertu de son affinité avec le ciel, cette âme... nous tire loin de la Terre, car nous sommes une plante non pas terrestre mais céleste. En effet, c'est du côté où notre âme a pris naissance, que la divinité a suspendu notre tête, qui est ainsi la racine de tout le corps ».

     

    Nota 3 - Basilide

    Basilide fabriqua des livres apocryphes, des traditions ésotériques attribuées à Matthieu, des révélations prêtées à des personnages chimériques, Barcabban et Barcoph, des prophéties de Cham. Il paraît avoir composé des psaumes ou cantiques sacrés. Enfin, outre le commentaire sur les Évangiles reçus qu’il avait rédigé, il y avait un Évangile, analogue à celui des Hébreux, des Égyptiens, des ébionites, peu différent de Matthieu, qui portait le nom de Basilide. Son fils Isidore continua son enseignement, commenta ses prophéties apocryphes, développa ses mythes.

     

     

    Nota 4 - Valentin

    Valentin lui fut assurément supérieur. Quelque chose de triste, une morne et glaciale résignation fait du système de Basilide une sorte de mauvais rêve. Valentin pénétré tout d’amour et de miséricorde. La rédemption du Christ a pour lui un sens de joie ; sa doctrine fut une consolation pour plusieurs, et de vrais chrétiens l’adoptèrent ou du moins l’admirèrent.

    Ce célèbre illuminé, né, à ce qu’il semble, dans la basse Égypte, se forma dans les écoles d’Alexandrie et y tint son premier enseignement. Chypre, à ce qu’il paraît, le vit aussi dogmatiser. Ses ennemis mêmes lui accordent du génie, un vaste savoir, une rare éloquence. Gagné par les grandes séductions du christianisme et attaché à l’Église, mais nourri de Platon et plein des souvenirs de l’érudition profane, il ne se contenta pas de la nourriture spirituelle que les pasteurs donnaient aux simples ; il voulut quelque chose de plus relevé. Il conçut une sorte de rationalisme chrétien, un système général du monde, où le christianisme aurait une place de premier ordre, mais ne serait pas tout. Éclairé, tolérant, il admettait une révélation pour les païens comme pour les Juifs. Une foule de choses dans l’enseignement de l’Église lui paraissaient grossières, inadmissibles aux yeux d’un esprit cultivé. Il appelait les orthodoxes « galiléens », non sans une nuance d’ironie. Avec presque tous les gnostiques, il niait la résurrection des corps, ou plutôt soutenait que, en ce qui concerne les parfaits, la résurrection est accomplie, qu’elle consiste dans la connaissance de la vérité, l’âme seule pouvant être sauvée.

    Si Valentin se fût borné à nourrir intérieurement ces pensées, à en causer avec ses amis, à ne fréquenter l’Église que dans la mesure où cela répondait à ses sentiments, sa situation eût été tout à fait correcte. Mais il voulait plus : il voulait, avec ses idées, avoir de l’importance dans l’Église, et il avait tort ; car l’ordre de spéculation où il se complaisait n’était pas celui que l’Église devait encourager. Le but de l’Église était l’amélioration des mœurs et la diminution des souffrances du peuple, non la science, ni la philosophie. Valentin aurait dû se contenter d’être un philosophe. Loin de là, il cherchait, comme les ecclésiastiques, à capter des disciples.

    Valentin part, comme tous les gnostiques, d’une métaphysique dont le principe fondamental est que Dieu se manifeste par des émanations successives, dont le monde est la plus humble. Le monde est une œuvre trop imparfaite pour un ouvrier infini ; c’est la copie misérable d’un modèle divin. Au commencement est l’Abîme (Bythos) inaccessible, insondable, nommé aussi Proarché, Propator. Le Silence (Sigé) est son éternelle compagne. Après des siècles de solitude et de contemplation muette de son être, l’Abîme veut enfin se produire au dehors et engendre de sa compagne un premier couple, une syzygie, Noûs ou Monogénès et Aléthia (Vérité) ; ceux-ci engendrent Logos et Zoé, qui engendrent à leur tour Anthropos et Ecclesia, Avec le couple primordial, ces trois syzygies forment l’ogdoade et, avec d’autres syzygies émanées de Logos et Zoé, d’Anthropos et Ecclesia, le plérome divin, la plénitude de la divinité, désormais consciente d’elle-même.

    Ces couples déchoient de la perfection à mesure qu’ils s’éloignent de la source première ; en même temps, l’amour de la perfection, le regret, le désir de revenir à leur principe s’éveillent en eux. Sophia surtout fait une tentative hardie pour embrasser Bythos invisible, qui ne se révèle que par son Monogène (fils unique). Elle va s’exténuant, s’étendant sans cesse pour embrasser l’invisible ; entraînée par la douceur de son amour, elle est sur le point d’être absorbée en Bythos, d’être anéantie. Le plérôme tout entier est dans la confusion. Pour rétablir l’harmonie, Noûs ou Monogène engendre Christos et Pneuma, qui pacifient les éons et font régner entre eux l’égalité. Alors, par reconnaissance pour Bythos, qui les a pacifiés, les éons mettent en commun ce qu’ils ont de plus parfait, et en forment l’éon Jésus, le premier-né de la création, comme Monogène avait été le premier-né de l’émanation. Jésus devient ainsi dans le monde inférieur ce que Christos avait été dans le plérôme divin

     

    Nota 5 - Marcion

    La secte des Marcosiens. Leur chef, Marcus, était un disciple de Valentin, qui interprétait en pythagoricien le système de son maître. Il traduisait en chiffres les pensées et les symboles. Il multipliait les élucubrations mystiques, fondées sur la valeur numérique des lettres et sur des combinaisons indéfinies de nombres qui figuraient des idées ou des forces. Ce métaphysicien en chiffres était, de plus, un charlatan et un galantin. Il avait le goût et l'art de la mise en scène. Il prétendait avoir eu des révélations divines, et avoir vu sans voiles la Vérité en personne.

    Quand il célébrait l'Eucharistie, il s'arrangeait pour donner à ses fidèles cette illusion, qu'il entrait réellement en relations avec Dieu. Par tous les moyens, il avait mené une propagande très active, mêlée de galanteries dévotes et de séductions. Il opérait sans doute en Asie Mineure ; mais il avait des apôtres et des disciples jusque dans la Gaule.

     

    Nota 6 - Ptolémée

    Quant à Ptolémée, il est le seul des grands gnostiques dont nous possédions un ouvrage complet : cette « Lettre à Flora », que Renan appelait le chef-d’œuvre de la littérature gnostique. C'est une étude sur la Loi mosaïque. L'auteur soutenait que certaines parties devaient être attribuées au Démiurge, d'autres à Moïse, les autres aux Anciens du peuple. Parmi les préceptes du Créateur, on devait distinguer encore les préceptes parfaits, que Jésus était venu accomplir, des préceptes mixtes ou imparfaits, qui avaient été abrogés par Jésus, et des préceptes qui avaient un caractère symbolique. Dans cette analyse de l'Ancienne Loi, Ptolémée prenait pour critère renseignement de Jésus. Exégète ingénieux, il retrouvait dans les Livres saints tout le système métaphysique de Valentin.

     

    Nota 7 - Le Démiurge

    Avec l’élément psychique, Hakamoth crée le Démiurge, qui lui sert d’instrument pour organiser le reste des êtres. Le Démiurge crée les sept mondes et l’Homme dans le dernier des mondes. Mais, ô surprise ! Voilà que dans l’homme se révèle un principe supérieur et tout divin ; c’est l’élément pneumatique, que Hakamoth avait mis par mégarde en son ouvrage. Le créateur est jaloux de sa propre créature ; il lui tend un piège (la défense de manger le fruit paradisiaque) ; l’Homme y tombe. Il serait perdu à jamais sans l’affection que lui porte sa mère Hakamoth. La rédemption de chaque monde s’est faite par un sauveur spécial.

    Le sauveur de l’homme a été l’éon Jésus, revêtu du principe pneumatique par Hakamoth, du principe psychique par le Démiurge, du principe matériel par Marie, identifié enfin à Christos, qui, le jour de son baptême, descendit en lui sous forme de colombe, et ne le quitta qu’après la condamnation de Pilate. Le principe pneumatique persévéra en Jésus jusqu’à l’agonie de la Croix. Le principe psychique et le principe matériel seuls souffrirent ; ils s’élevèrent au ciel par l’Ascension.

    Avant Jésus, il y a eu des gnostiques ; mais Jésus est venu les réunir, en former une Église par le Saint-Esprit. L’Église ne se compose ni des corps, ni des âmes ; elle se compose des esprits ; les gnostiques seuls la constituent.

    À la fin du monde, la matière sera dévorée par le feu intérieur qu’elle recèle ; le Christ régnera à la place du Démiurge, et Hakamoth fera définitivement son entrée dans le plérôme, désormais pacifié.

     

    Nota 8 - Les hommes

    Les hommes se partagent, par leur nature même et indépendamment de leurs efforts, en trois catégories, selon que l’élément matériel, l’élément psychique ou animal, et l’élément pneumatique dominent en eux. Les hommes matériels, voués irrévocablement aux œuvres de la chair, sont les païens ; les hommes psychiques sont les simples fidèles, le commun des chrétiens ; ils peuvent, en vertu de leur essence intermédiaire, s’élever ou déchoir, se perdre dans la matière ou se confondre dans l’esprit. Les hommes pneumatiques sont les gnostiques, qu’ils soient chrétiens, ou qu’ils aient été juifs comme les prophètes, ou païens comme les sages de la Grèce.

    Les pneumatiques seront un jour réunis au plérôme. Les matériels mourront tout entiers ; les psychiques seront damnés ou sauvés selon leurs œuvres. Le culte extérieur est un symbole, bon pour les psychiques, tout à fait inutile aux contemplateurs purs.

    Éternelle erreur des sectes mystiques, plaçant l’initiation à leurs chimères au-dessus des bonnes actions, qu’elles affectent de laisser aux simples ! Là est la raison pour laquelle toute gnose arrive, quoi qu’elle fasse, à l’indifférence des œuvres, au dédain de la vertu pratique, c’est-à-dire à l’immoralité.

     

    Nota 9 - La Sophia-Hakamoth

    Par suite des ardeurs de sa passion insensée, Sophia avait produit à elle seule une sorte d’avorton hermaphrodite et sans conscience, Hakamoth, appelée aussi Sophia Prunicos ou Prunice, qui, chassée du plérome, s’agitait dans le vide et la nuit. Touché de pitié pour cet être malheureux, Christos, appuyé sur Stavros (la croix), lui vient en aide, donne à l’éon manqué une forme déterminée et la conscience ; mais il ne lui donne pas la science, et Hakamoth, repoussée encore du plérôme, est rejetée dans les espaces.

    Livrée à toute la violence de ses désirs, elle enfante d’une part l’âme du monde et toutes les substances psychiques, de l’autre la matière. Les angoisses alternaient chez elle avec l’espérance. Tantôt elle redoutait son anéantissement ; d’autres fois les souvenirs de son passé perdu la ravissaient. Ses larmes fournirent l’élément humide, son sourire fut la lumière, sa tristesse fut la matière opaque.

    Enfin l’éon Jésus (NDT Christos) vint la sauver, et, dans son ravissement, la pauvre délivrée enfanta l’élément pneumatique, le troisième des éléments qui constituent le monde. Hakamoth ou Prunice ne se repose pas néanmoins ; l’agitation est son essence ; il y a en elle comme un travail de Dieu ; produire est la loi de son être ; elle souffre d’un éternel flux de sang. La part mauvaise de son activité se concentre dans les démons ; l’autre partie, réunie à la matière, met en celle-ci le germe d’un feu qui la dévorera un jour.

     

    Nota 10 - La Trame

    C’étaient là des aberrations sans portée véritable, et que certainement les gnostiques sérieux repoussaient aussi bien que les orthodoxes. Ce qu’il y avait de réellement grave, c’était la destruction du christianisme qui était au fond de toutes ces spéculations. On supprimait en réalité le Jésus vivant ; on ne laissait qu’un Jésus fantôme sans efficacité pour la conversion du cœur. On remplaçait l’effort moral par une prétendue science ; on mettait le rêve à la place des réalités chrétiennes ; chacun se donnait le droit de se tailler à sa guise un christianisme de fantaisie dans les dogmes et les livres antérieurs. Ce n’était plus le christianisme ; c’était un parasite étranger qui cherchait à se faire passer pour une branche de l’arbre de vie.

     

     

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